La question
21/09/2026
Les entrepreneurs peuvent-ils sauver le monde ?
Ils sont ceux qui font tout à partir de rien. Ils sont ceux qui savent prendre des risques. Ils sont ceux qui n’ont pas peur de l’imprévu. Ils sont les mieux placés pour naviguer dans un monde incertain. Ils sont les mieux placer pour le changer. Et pourtant, les entrepreneurs choisissent parfois une autre voie…
Dans la crise, l’entrepreneur détient une méthode que les autres cherchent encore : quand tout manque, il avance avec ce qu’il a. Une méthode qui porte un nom : l’effectuation. On ne part pas d’un plan idéal, on part de ses moyens, et l’on compose, comme le cuisinier qui ouvre son frigo et improvise un repas, avec ce qu’il y trouve. « What’s in the fridge ? » Voilà notre condition de survie.
Grâce à lui, pas de temps d’arrêt, pas d’expectative. S’il y a bien des citoyens adaptés à ce monde instable, capables d’agir rapidement pour le changer, ce sont les entrepreneurs. Un entrepreneur, c’est quelqu’un qui trouve des solutions. Leur première inquiétude, notre première inquiétude, aurait donc dû être de s’attaquer à l’urgence : le dérèglement climatique. De trouver des solutions pour l’eau que nous buvons, pour la nourriture que nous mangeons, pour l’air que nous respirons. Nos chercheurs et nos start-up auraient dû se ranger derrière une même bannière.

Nous avons choisi d’autres fronts. Depuis des mois, la mode est aux drones, lanceurs et intercepteurs, qui redessinent les équilibres et déplacent les peuples. Une autre part de nos talents perfectionne l’intelligence artificielle, sans toujours se poser la question qui revient : va-t-elle prendre nos emplois ? Les plus pessimistes d’entre-nous entrevoient déjà le scénario de la décennie qui vient : un revenu universel, des populations sédatées dans des logements monochromes dignes d’Un monde presque parfait, le roman de Laurent Gounelle.
Face à cette dispersion, faut-il attendre un Deus Ex Machina ? Ou faut-il simplement ouvrir la porte du frigo ? Les entrepreneurs de France, soudés et courageux, peuvent proposer un autre avenir. Cela suppose de revenir au terrain. La France est vaste, et ses territoires attendent des solutions et des emplois. C’est l’expertise de l’entrepreneur.
La France vit une anomalie sociale. Le taux d’emploi des 15-24 ans plafonne à 35 %, et leur taux de chômage atteint 21,1 %, un record. Derrière ces chiffres, une santé mentale qui se dégrade, une croissance amputée de sa jeunesse, et des finances publiques qui s’alourdissent d’autant. Et si ces jeunes adoptaient l’état d’esprit des entrepreneurs ? Trouver des solutions avec les moyens du bord. Mais d’abord, ces jeunes il faut les encourager.
Les dix qualités de l’entrepreneur de demain
Pour en faire des citoyens engagés, voici les dix qualités que nous devons leur transmettre.
1. La vision. Naviguer ne suffit pas, il faut choisir un cap, savoir ce qu’il signifie et ce qu’il engage à construire. Une génération qui sait où elle va peut entraîner celles qui doutent.
2. La légitimité. Nos jeunes nous surprendront, plus engagés que nous sur le bien commun, en pointe sur l’écologie. Leur autorité, ils la gagneront dans la cohérence : entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font, et ce qu’ils exigent des autres.
3. La sécurité. L’audace a besoin d’un socle. Créer un cadre où l’on peut prendre des risques, se tromper et progresser, voilà ce qui libère l’initiative.
4. Le courage. Certaines décisions justes ne feront pas l’unanimité. Il faudra les prendre quand même, et en assumer la responsabilité. Le courage se révèle au moment où l’on décide seul.
5. Le collectif. Des individualités, même brillantes, restent des points éparpillés tant qu’un projet commun ne les relie pas. Il faut lire les personnalités, révéler les talents et fédérer des générations différentes autour d’une même ambition.
6. La transmission. Chaque génération doit partager son expérience, ouvrir des portes et laisser les suivantes prendre leur place. C’est un devoir. On ne bâtit rien de durable pour soi seul.
7. L’écoute. En temps de crise, l’écoute distingue les signaux faibles des signaux forts avant que la décision ne se prenne. C’est le renseignement du dirigeant lucide.
8. Le calme. Quand tout se complique, garder son sang-froid, prendre du recul, et ne pas contaminer le collectif de sa propre peur. La stabilité devient alors une puissance.
9. La connaissance du pays. La France est diverse, du nord au sud comme de l’est à l’ouest, et chaque territoire porte ses forces propres. La bonne stratégie identifie ces ressources au lieu de chercher à les uniformiser.
10. Le bien commun. Se mettre à son service est l’affaire d’une vie, et cela suppose de savoir passer le relais. Le vrai succès se mesure, aussi, à la générosité qui se place au service de la vision et du collectif.
Les entrepreneurs au service du bien commun sauveront le monde et la France avec lui : nous pouvons tous en être un, ou nous inspirer d’eux.
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