Benoist Lombard : « On parle d’investissements responsables, et dans le même temps on promeut les cryptos »

La vocation d’un gestionnaire de patrimoine n’est pas seulement de « placer », mais d’orienter l’épargne utilement. Mais comment convaincre ses clients de ne pas céder aux sirènes du court-terme et d’investir de façon responsable ? Suite et fin de notre entretien avec Benoist Lombard.
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De nouveaux actifs plus démocratiques ont été mis sur le marché : il n’est désormais plus nécessaire d’être millionnaire pour faire appel à un gestionnaire de patrimoine !
Absolument. On a aujourd’hui des instruments comme les ELTIF 2.0 qui permettent à des épargnants segmentés « retails » d’accéder à des actifs non cotés, autrefois réservés aux investisseurs dits « professionnels » ou « avertis », les régulateurs imposant des conditions de taille et de connaissance pour protéger les particuliers, le seuil minimum d’investissement de 100 000 € servant notamment de filtre.
Aujourd’hui, ces seuils ont été abaissés, la réglementation a évolué, et les produits ont été repensés pour répondre à une demande plus large. On voit bien que la frontière entre l’investissement grand public et la gestion privée se brouille, et c’est une bonne chose : ça donne aux épargnants des outils plus puissants pour diversifier leur épargne intelligemment.
En quoi cela transforme-t-il le métier de conseiller en gestion de patrimoine ?
Ça change tout, ou presque. On n’est plus simplement dans une logique de produit, mais dans une logique d’accompagnement stratégique. Le conseiller devient un véritable pédagogue. Il doit maîtriser de nouvelles classes d’actifs, comprendre des véhicules plus complexes, comme les fonds de dette privée, les produits structurés, ou des montages immobiliers type démembrement temporaire. Il doit aussi savoir vulgariser ces dispositifs auprès de clients qui ne sont pas tous des experts, mais qui veulent comprendre ce qu’ils font de leur argent. Notre vocation n’est pas simplement de « placer », elle est d’orienter l’épargne utilement.
Justement, certains actifs sont labellisés « Investissement socialement responsable » (ISR) lorsqu’ils répondent à des critères de responsabilité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG). Ouvrent-ils de nouveaux horizons d’investissement ou posent-ils la question de sacrifices de rentabilité à faire sur l’autel de la responsabilité ?
Il ne s’agit pas nécessairement de sacrifier la rentabilité, mais d’investir différemment et de varier les investissements. Je vais vous donner un exemple très simple. Investir dans les actifs qui financent nos hôpitaux, nos crèches, nos ponts… a parfois une rentabilité inférieure à un investissement dans un fonds de biotech, par exemple. Mais l’on propose tout de même à nos clients d’investir une partie de leur patrimoine sur ces actifs d’infrastructure qui contribuent au bien commun et offrent une résilience de bon aloi, il faut seulement accepter d’investir sur le temps long.
Et les cryptos ? Ils suscitaient beaucoup d’enthousiasme il y a trois ans : est-ce toujours le cas aujourd’hui ?
On parle d’investissements responsables, de donner du sens à son épargne, d’écologie, de bonne gouvernance, de souveraineté nationale et européenne, d’impact social, et dans le même temps on promeut des monnaies émises par des acteurs non régulés sans pilotage des banques centrales. Que se serait-il passé si l’ensemble des banques centrales ne s’étaient pas accordées pour arroser le monde de liquidités lors de la crise du Covid ? Heureusement qu’elles sont là pour faire varier la température en fonction de fourchettes acceptables. Qui régule les crypto-actifs sinon le marché ? Combien de temps va-t-on accepter le fait que des acteurs privés puissent battre monnaie ? Combien de temps va-t-on accepter ces devises qui ne produisent aucune richesse, revenu ou emploi ? Sans parler de leur usage. Chez Laplace, nous ne proposons pas cette classe d’actifs.


