Cryptos unchained

Chapitre 3

Chapitre 3 : C’est l’argent qui dirige le Monde

Chapitre 3 :

C’est l’argent qui dirige le Monde

« Pour le numérique et les cryptos comme pour le reste, tout est toujours une question d’argent. »

Money, get away […] Money, get back […] Share it fairly, but don’t take a slice of my pie”

(Money, Pink Floyd, 1973)

Les crypto-actifs opèrent comme des tiers de confiance distribués. En d’autres termes, ce n’est plus une entité unique qui gère les données et sécurise les échanges, mais un groupe d’individus qui, en collaborant, maintient un réseau totalement distribué, chargé à la fois du stockage des données et de leur validation.

À ce stade, il est utile de préciser les rôles dans ce réseau. Nous pouvons distinguer les utilisateurs et les nœuds, souvent désignés par le terme « miners » (soit « mineurs »). Dans notre précédent exemple, Alice et Bob sont des utilisateurs. Ils envoient ou reçoivent des fonds, un peu comme les clients d’une banque. Cependant, dans notre cas, ils n’ont pas besoin d’y travailler pour bénéficier de services financiers. Les nœuds (ou mineurs) sont en quelque sorte les employés du réseau. Pour fonctionner et proposer ses services, une banque doit employer du personnel. Cependant, pour ce faire, le réseau distribué s’appuie quant à lui sur ses nœuds.

Pour pérenniser l’engagement de leurs employés, les banques (comme tout autre réseau centralisé ou non) leur versent un salaire. Les réseaux distribués ne font pas exception : pour garantir la participation continue des nœuds, ils mettent en place des incitations financières. En clair, les nœuds sont rémunérés pour valider les transactions et actualiser la blockchain.

Pourquoi parle-t-on de « mineurs » ?

Pour désigner les nœuds du réseau, les termes « mineurs », « validateurs » ou « stakers » sont souvent employés. Ce choix dépend du mécanisme de consensus utilisé par la blockchain (preuve de travail, preuve d’enjeu, etc.). Lorsque la blockchain repose sur un mécanisme de preuve de travail (ou « proof-of-work »), on parle alors de mineurs. La comparaison est claire : comme les chercheurs d’or qui creusent dans l’espoir de trouver un filon, les mineurs mobilisent leur puissance de calcul pour valider des transactions (et recevoir des cryptomonnaies en échange). L’effort est incompressible, mais la récompense, elle, peut varier considérablement, tout comme pour les mineurs qui finissaient par découvrir de l’or.

Pourquoi avoir créé des actifs natifs ?

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Pour rémunérer leurs employés, les réseaux centralisés (comme les banques) prélèvent généralement des frais ou vendent des produits et services. De leur côté, les réseaux décentralisés peuvent aussi mettre en place des cotisations ou d’autres sources de financement pour payer leur main-d’œuvre. Les réseaux distribués ont eux aussi besoin de ressources pour récompenser ceux qui assurent leur bon fonctionnement. Plutôt que de s’appuyer sur des monnaies existantes comme le dollar ou l’euro, Satoshi Nakamoto a décidé de créer ses propres actifs pour la blockchain Bitcoin destinés à rémunérer les mineurs du réseau.

La création d’un actif natif présente deux avantages majeurs :

Pas besoin de disposer de fonds en dollars ou en euros. Les « employés » du réseau sont rémunérés directement en unités de cette nouvelle monnaie. De la même manière que les banques centrales créent de l’argent « à partir de rien », le réseau Bitcoin crée de la valeur à partir de bits – d’où son nom : le Bit-coin (« pièce de bit », littéralement).

Lorsqu’un service repose sur une monnaie fiduciaire comme le dollar ou l’euro, il est automatiquement soumis aux règles fixées par la banque centrale émettrice. En créant ses propres actifs, Satoshi Nakamoto a soustrait le réseau Bitcoin à tout contrôle indirect exercé par le système monétaire traditionnel.

Chaque blockchain dispose de ses propres actifs natifs, utilisés pour rémunérer les mineurs :

  • les mineurs du réseau Bitcoin sont payés en BTC ;
  • ceux de Litecoin en LTC ; et
  • ceux d’Ethereum en ETH, etc.

C’est le même principe que pour une entreprise américaine ou européenne qui verse les salaires en dollars ou en euros.

Le terme de « coins » est souvent employé pour désigner ces actifs propres aux blockchains distribuées. Le fait de se souvenir de cette terminologie nous permettra d’établir une distinction claire entre « coins » et « tokens » (les « jetons »). Nous reviendrons sur cette différence dans les chapitres 5 et 6, lorsqu’il sera question des jetons associés aux « smart contracts », ou « contrats intelligents ».

Actifs natifs et typologie

Si chaque crypto-actif possède son propre actif natif, on ne peut pas pour autant considérer que tous les crypto-actifs sont des cryptomonnaies. L’actif natif sert avant tout à rémunérer les « employés » de la blockchain. Cependant, les services proposés aux utilisateurs peuvent aller bien au-delà du simple paiement. Autrement dit, il faut distinguer deux dimensions : le mécanisme d’incitation interne (l’argent) et le service rendu à l’utilisateur final (multiple et varié).

Remarque :

Toutes les cryptomonnaies sont des crypto-actifs, mais tous les crypto-actifs ne sont pas des cryptomonnaies.

Prenons des exemples concrets comme Dropbox, Google Drive ou iCloud. Tous fournissent un service de stockage en ligne. Pour y accéder, les utilisateurs paient généralement en monnaie fiduciaire en fonction de leur pays de résidence (dollars, euros, etc.). En somme, la motivation de ces prestataires est avant tout financière. Dans l’univers des crypto-actifs, l’équivalent s’appelle Filecoin. Lui aussi propose un service de stockage en ligne, mais sa différence tient au fait qu’il repose sur un réseau distribué, contrairement aux solutions traditionnelles qui fonctionnent sur une infrastructure centralisée. Pour utiliser Filecoin, les utilisateurs paient avec l’actif natif du réseau : le FLC. C’est précisément pour cela que parler de « cryptomonnaie » dans le cas présent n’est pas pertinent. Dire que Filecoin est une monnaie reviendrait à dire que Dropbox, Google Drive ou iCloud en sont une aussi. Ce serait trompeur, car cela reviendrait à confondre le mécanisme d’incitation interne (l’argent) et le service rendu à l’utilisateur final (le stockage en ligne).

Mécanisme d’incitation

Service
rendu

Type de crypto-asset

Bitcoin

Système de paiement

Système de paiement

Crypto-monnaie

Filecoin

Système de paiement

Stockage sur le cloud

Services liés aux crypto-assets

Ethereum

Système de paiement

Smart contract

Plateforme de smart contracts

Le Bitcoin est un cas à part. Dès le début, il a été pensé comme un système de paiement. En d’autres termes, le mécanisme d’incitation des mineurs et le service rendu aux utilisateurs ne font qu’un : permettre des transactions. Cependant, tous les crypto-actifs ne se limitent pas à cette seule fonction. C’est justement pour cela qu’on parle de « crypto-actifs » au sens large, un terme qui englobe à la fois le Bitcoin (une cryptomonnaie) et Filecoin (un crypto-actif de service). Le chapitre 6 proposera une typologie plus détaillée.

En somme, chaque crypto-actif possède son propre actif natif. Cependant, tous les crypto-actifs ne sont pas des cryptomonnaies. Certains proposent de nombreux autres services. En théorie, la valeur d’un actif natif découle (entre autres) du service apporté par la blockchain sous-jacente. Cependant, en pratique, on observe surtout que le prix de ces actifs est davantage influencé par la spéculation que par une réelle évaluation de la solution proposée.

Découvrons maintenant où sont stockés ces actifs et comment ils peuvent être utilisés.

Chapitre 4 :

Du portefeuille aux smart contracts

une architecture de la propriété numérique

Pour interagir avec une blockchain, les utilisateurs ont deux possibilités : les portefeuilles et les smart contracts.

Lire le chapitre 4