Cryptos unchained

Chapitre 9

Chapitre 9 : La décentralisation des cryptos ? Un dilemme

Chapitre 9 :

La décentralisation des cryptos ? Un dilemme

Né pour décentraliser le monde, le Bitcoin a lancé un mouvement. Cependant, progressivement, le pouvoir s’est peu à peu recentralisé.

Le Bitcoin voit le jour fin 2008. Il était alors présenté comme un système de paiement entre utilisateurs. À l’origine, il portait la promesse d’un réseau distribué, sans entité centrale aux commandes : un écosystème où les décisions et la validation des transactions reposent sur l’ensemble des participants. Cette avancée n’aurait pas été possible sans l’introduction de la blockchain. À elle seule, cette technologie n’est qu’un système de stockage inaltérable. Cependant, combinée à la cryptographie et à des incitations économiques bien pensées, elle est devenue la pierre angulaire de tout crypto-actif.

Depuis l’apparition du Bitcoin, l’écosystème des crypto-actifs a connu des évolutions considérables. D’abord avec l’émergence de services décentralisés comme Filecoin, qui propose du stockage cloud et d’autres services traditionnellement fournis par des tiers. L’apparition des smart contracts a ensuite ouvert le champ des possibles, en permettant à chacun de concevoir ses propres contrats programmables. Cette automatisation simple des interactions a apporté une nouvelle dimension à l’écosystème : celle des DApps, alimentées par les smart contracts.

Si les DApps ouvrent un champ d’opportunités considérable pour les utilisateurs comme pour les développeurs, elles incarnent aussi une tendance de fond dans l’univers des crypto-actifs : celle d’un retour à la centralisation. En passant d’une blockchain distribuée (à la gouvernance décentralisée et bien rodée) aux smart contracts (qui impliquent souvent un contrôle plus centralisé), nous nous sommes progressivement éloignés de l’esprit originel du Bitcoin. Ce dernier portait une vision du monde fondée sur l’échange pair à pair, sans qu’aucune entité ne puisse s’imposer de manière unilatérale. La centralisation des smart contracts s’inscrit donc à contre-courant de cette philosophie.

Malheureusement, cette tendance est bien visible dans de nombreuses composantes de l’écosystème. On l’observe dans les plateformes d’échange centralisées, les stablecoins, les plateformes de smart contracts ou encore les pools de minage. En d’autres termes, si la technologie permet en théorie un fonctionnement décentralisé, les utilisateurs, consciemment ou non, ont tendance à se tourner vers des modèles centralisés. Les véritables implications d’un réseau distribué semblent encore largement mal comprises. Depuis la création du Bitcoin, presque toutes les grandes innovations dans l’écosystème ont constitué un recul vers des formes de centralisation.

En bref :

Les crypto-actifs forment une nouvelle classe d’actifs en plein essor. Un espace d’innovation, à la fois porteur d’opportunités et de risques. Au cœur des incompréhensions : la philosophie des réseaux distribués, qui permettent d’instaurer la confiance sans autorité centrale. Dans un contexte encore peu régulé et mal compris, la volatilité reste la norme. Mieux comprendre cet univers est un enjeu clé pour s’y aventurer avec lucidité.

Une chose est sûre : nous sommes au début d’une révolution numérique. Et, comme avec Internet il y a vingt ans, nul ne sait exactement où elle nous mènera, si ce n’est vers des horizons que nous sommes incapables d’imaginer actuellement.

Avec les contributions d’Émilie Wastin (éditorial), Mehdi Goumiri (son) et Kevin Erkeletyan (éditorial & direction créative).
Avec le soutien du Studio CAD.