La question
15/09/2026
Faut-il savoir faire cuire un œuf pour monter un restaurant ?
C’est LA question que vous ne vous êtes jamais posée. Elle recoupe pourtant une réalité : on a tendance à penser qu’il faut entreprendre dans un domaine que l’on maîtrise. Beaucoup de serial-entrepreneurs, pourtant, se lancent successivement dans des projets très différents. Faut-il entreprendre à partir de son expertise ou avoir l’expertise d’entreprendre ?
On imagine la scène : un entrepreneur entre dans la cuisine du restaurant qu’il vient d’ouvrir. Autour de lui, les casseroles chauffent, les commandes s’accumulent et les assiettes partent en salle.
Seul problème : il ne sait pas faire cuire un œuf.
La situation semble absurde, mais elle résume une question que je me suis souvent posée. J’ai entrepris dans des secteurs qui n’avaient pas grand-chose en commun : la fintech (SaaS B2B) avec Soan, la culture avec Youboox (le Spotify de la lecture) puis le sport avec Leikar. Je n’étais pas expert de ces industries lorsque je les ai abordées. Cela ne m’a pourtant pas empêché d’y identifier de vrais problèmes, de construire des équipes et de faire tenir des modèles économiques.

Alors, faut-il nécessairement être expert du domaine dans lequel on entreprend ?
Je ne le pense pas.
L’inexpertise, une ouverture d’esprit
L’absence d’expertise peut même parfois devenir un avantage. L’expert connaît parfaitement son secteur, ses règles, ses contraintes et son histoire. Mais il connaît aussi toutes les raisons pour lesquelles une idée ne fonctionnera pas. Celui qui découvre une industrie pose parfois des questions naïves, mais essentielles : pourquoi fait-on ainsi ? Pourquoi personne n’a-t-il essayé autrement ?
L’expertise n’est donc pas le problème ; c’est la certitude qui peut le devenir.
Cette question se pose d’autant plus aujourd’hui que l’information est devenue abondante et immédiatement accessible. Les technologies évoluent vite, les frontières entre les industries deviennent moins évidentes et l’intelligence artificielle accélère encore l’accès au savoir.
Dans ce contexte, la valeur réside moins dans le fait de tout connaître que dans la capacité à apprendre vite, à poser les bonnes questions et à s’entourer des bonnes personnes.
Bien sûr, ne rien connaître n’est pas une stratégie. Un entrepreneur doit comprendre suffisamment son marché pour reconnaître la compétence et prendre de bonnes décisions.
Mais il n’a pas besoin d’être celui qui fait le mieux cuire l’œuf.
Il doit trouver la personne qui le fait mieux que personne, lui donner les moyens de réussir et construire une entreprise solide autour de son talent.
Ce qui m’a fait rester dans mes différents projets n’était jamais uniquement le produit. C’était le plaisir de construire, de structurer une équipe et de voir progressivement un modèle économique tenir debout. Je pense que beaucoup d’entrepreneurs sont passionnés par nature, davantage que par un secteur particulier. Mais la passion seule brûle vite et ne paie pas les salaires à la fin du mois. Il faut de la discipline, de l’adaptabilité et beaucoup d’abnégation.
Tout sera presque toujours deux fois plus difficile et deux fois plus long que prévu. Beaucoup trouveront votre projet formidable, mais vous passerez vos journées à entendre « non ».
Faire cuire un œuf s’apprend vite. Apprendre à vendre, à s’entourer, à décider et à embarquer les autres demande beaucoup plus de temps. Et c’est peut-être cela, finalement, la véritable expertise de l’entrepreneur. Il faut aussi savoir vendre, s’adapter et continuer malgré les refus.
Faire cuire un œuf s’apprend vite. La discipline d’exécution et la gestion des relations humaines, beaucoup moins.
Pour prolonger cette réflexion, je vous invite à lire ces trois textes de SKEMA Knowledge :
- Effectuation : comment visualiser vos ressources cachées ? (lien ci-dessous) : montre comment un entrepreneur peut avancer dans l’incertitude à partir de ses compétences, de son expérience et de son réseau.
- Naviguer dans la nuit : le Vendée Globe, une allégorie de l’entrepreneuriat (lien ci-dessous) : rappelle qu’entreprendre consiste moins à suivre une route parfaitement tracée qu’à adapter continuellement sa trajectoire.
- Enfin, The More AI Thinks, the More Leadership Matters (lien ci-dessous) explique pourquoi, lorsque l’information et l’analyse deviennent abondantes, le jugement, la décision et la capacité à mobiliser les autres deviennent encore plus précieux.
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